Le scandale des fiches
Ernst Cincera, Chasseur de «subversifs»
Portrait du publiciste et futur conseiller national zurichois Ernst Cincera, dont les activités...
Refus de la création d'une police fédérale de sécurité
durée: [01'46''] TSR: Tell quelL’émission «Tell Quel» effectue un bilan sur la création ou non d’un corps de police fédéral de...
Alors qu'il vient d'annoncer que des dizaines de milliers de fiches concernant des extrémistes, des...
Sous la pression de l'opinion publique et de la presse, la police fédérale est contrainte d'ouvrir...
Guérilla urbaine contre l'Etat fouineur
durée: [02'13''] TSR: TéléjournalSous le slogan «Pour en finir avec l’Etat fouineur», 35'000 personnes se rassemblent sur la Place...
L'ouverture des fichiers du Ministère public provoque une véritable avalanche. Près de 350'000...
Les investigations complémentaires de la Commission parlementaire révèlent toute l'ampleur du...
Pour comprendre les mécanismes de la surveillance étatique et policière, l'émission Temps Présent...
En novembre 1990, la Commission d'enquête parlementaire instituée dans le cadre de l'affaire des...
Le directeur de l'Agence télégraphique suisse (ATS) Georges Duplain a livré pendant plusieurs...
Lors des contrôles de personnes effectués à l'occasion du Forum économique mondial de Davos, la...
Contexte
Au début janvier 1989, le Parlement institue une commission d'enquête parlementaire (CEP) chargée de faire toute la lumière sur les circonstances ayant conduit un an plus tôt la conseillère fédérale Elisabeth Kopp à la démission. L'une des tâches de la commission consiste à enquêter sur les activités de renseignement et de protection de l'Etat menées par le Ministère public de la Confédération.
24 novembre 1989: la CEP, présidée par un certain Moritz Leuenberger, rend son rapport. Les révélations qu'il contient sont énormes. Depuis le début du siècle, près d'un million de fiches ont été patiemment amassées par les services du Ministère public; 700'000 personnes - soit plus de 10% de la population suisse - ont été espionnées et fichées par des fonctionnaires zélés au nom de la sécurité de l'Etat.
Constitué à l'origine essentiellement de nazis allemands et de frontistes suisses puis de militants communistes à l'époque de la guerre froide, le fichier de l'Etat s'est rapidement transformé en gigantesque fourre-tout où l'on trouve aussi bien des syndicalistes ou des féministes que des sympathisants du séparatisme jurassien, des ressortissants étrangers et même des enfants étrangers placés en Suisse.
Dans leur chasse aux sorcières, les policiers fédéraux ont été activement secondés par leurs collègues cantonaux, mais aussi par des fonctionnaires des PTT et par un large réseau d'entreprises et de personnes privées. A lui seul, le conseiller national Ernst Cincera était parvenu à constituer dans les années 70 un fichier de quelque 3'500 «suspects», qu'il mettait à disposition des patrons d'entreprises et des autorités.
L'indignation de la presse et des «fichés» est à la mesure du scandale; elle est d'autant plus grande que l'affaire des fiches révèle avant tout l'incompétence et l'inorganisation des services secrets plus occupés à collectionner les peccadilles («... x apprécie de boire une bière le soir») qu'à se soucier réellement de sécurité nationale.
Un comité organise des manifestations et lance une initiative, 300'000 citoyens réclament l'ouverture des fichiers. Le conseiller national Rudolf Strahm consulte sa fiche au Ministère public et y découvre une référence à une autre fiche militaire. En février 1990, le Département militaire fédéral est contraint de reconnaître l'existence de son propre fichier.
L'affaire des fiches conduit à une réorganisation du Ministère public et de la police fédérale. Mais aux yeux des victimes de «l'Etat-fouineur», il ne s'agit que de demi-mesures. Ils lancent donc une initiative baptisée «S.o.S.- pour une Suisse sans police fouineuse» en avril 1990. Cette dernière sera pourtant refusée en votation populaire par 75% des voix en 1998.
Le scandale des années 90 n'a de loin pas mis un terme au débat sur la protection des données en Suisse. Avec la menace terroriste contemporaine, les activités de renseignement connaissent un véritable renouveau. Les nouvelles technologies de vidéosurveillance et d'espionnage par satellite décuplent les possibilités d'atteinte à la sphère privée. Espérons toutefois que l'affaire des fiches serve de leçon aux tenants d'un nouvel Etat-fouineur.